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13.10.2011 - RDC : quel bilan pour Kabila ? PDF Stampa E-mail

Le 28 novembre 2011, la République démocratique du Congo (RDC) élira son prochain président de la République. Candidat à sa propre succession, Joseph Kabila a récemment défendu son bilan "positif" à la tête de la RDC. Stabilisation macro-économique, rétablissement de la paix ou "5 chantiers"... En réalité, son bilan est bien plus contrasté.

Dans quelques semaines les électeurs congolais devront choisir leur prochain président de la République pour les 5 années à venir. Si l'on ne connaît pas encore précisément le programme des différents candidats (la campagne officielle commence dans quelques semaines), le bilan du premier quinquennat de Joseph Kabila constituera sans doute le principal objet de débat de cette élection. Positif pour la Majorité présidentielle (MP) ou négatif pour les différents opposants, essayons d'y voir plus clair.

Sur le plan politique

Joseph Kabila affirme avoir ancré le pays dans un processus de pacification et de démocratisation durable. Dit-il vrai ? Oui, dans une certaine mesure. En 10 ans et de manière chaotique, la RDC a tout de même su passer d'un pays en guerre à un Etat en situation de post-conflit. Au crédit de Joseph Kabila : le Dialogue intercongolais, la gestion du « 1+4 » et la mise en place des élections de 2006 "venues mettre fin à une longue période d’illégitimité". Quoi qu'on en dise, il s'agit sans doute d'un des points forts de son passage à la tête de l'Etat. L'opposition regrette juste que le chef de l’Etat soit "le fruit de la volonté de la communauté internationale. Tout ce qui se fait au Congo doit d’abord être approuvé par la communauté internationale", note Valentin Mubake de l'UDPS.

Sur le plan sécuritaire

C'est l'un des points faibles du bilan Kabila. Si le président congolais note des "résultats remarquables" dans le cadre "des actions menées à la fois contre les Fdlr, la Lra et le Nalu d’un côté et, de l’autre, contre les groupes armés réfractaires aux accords de Goma", la situation sécuritaire est loin d'être stabilisée sur le terrain. L'Est du pays grouille de groupes armés, il y a plus d'1,7 millions de réfugiés et la RDC est devenu tristement célèbre pour l'explosion du nombre de viols ( 1.152 par jour !). L'armée étant peu, voire pas payée, stabiliser l'Est du pays relève de la gageure.

Sur le plan économique

Le bilan est plus mitigé. Si le cadre macroéconomique du pays a été consolidé, notamment avec l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative-PPTE et la dette ramenée de 13 à 3 milliards Usd, la vie quotidienne des Congolais ne s'est pas améliorée. Avec un budget "lilliputien" de 5,9 milliards d'euros, l'Etat congolais n'a pas fait de miracle. La promesse de l'accès à l'eau, à l'électricité, à l'éducation aux moyens de transports, à la santé est restée lettre morte. Hausse des prix, salaires en berne, franc faible... une étude économique démontrait récemment que l'on vivait mieux au Zaïre en 1990, qu'en RDC en 2011.

Joseph Kabila avait pourtant axé son quinquennat sur les travaux d'infrastructure au travers des fameux "5 chantiers". Si le bilan du "chef de chantier" Joseph Kabila n'est pas nul : 54.000 km de routes d’intérêt général, 6.000 km réhabilités, 1.200 km de voirie urbaine, des ponts, des bacs, des vedettes et des bateaux ont été achetés et dispatchés en province... ces réalisations ne sont perçues par les Congolais que comme du "saupoudrage", dans ce pays-continent grand comme 5 fois la France.

Sur la gouvernance

Si Joseph Kabila brandit la "tolérance zéro", la corruption et l’enrichissement illicite ont atteint des proportions inquiétantes en RDC. Dans tous les classements mondiaux, le pays fait parti des pays "à risque" pour les investisseurs, avec un indicateur du "climat des affaires" très dégradé.

Sur les Droits de l'Homme

C'est incontestablement le point noir du bilan du président Kabila. Son mandat a été marqué par de graves violations des Droits de l’Homme. Le cas le plus emblématique étant l'assassinat du célèbre militant des Droits de l'Homme, Floribert Chebeya. Il y a aussi les journalistes tués (8 en 6 ans) ou simplement intimidés par les agents des services de renseignements congolais (ANR) ou encore les opposants emprisonnés ou les partis politiques interdits, comme le Bundu dia Kongo (BDK). Le cas du jeune Armand Tungulu, "jeteur de pierre" sur le convoi présidentiel et retrouvé pendu dans sa cellule après son arrestation, finit de jeter le trouble sur les méthodes "musclées" de la police congolaise.

En résumé, les 5 années du mandat Kabila ont réussi à stabiliser le cadre macroéconomique du pays aux yeux des principaux bailleurs de fonds. C'est important parce que la RDC peut de nouveau demander le soutien économique de la communauté internationale... et c'est plutôt une bonne nouvelle. Mais c'est insuffisant, parce que cela n'a pas suffit à améliorer le quotidien des Congolais. En cause, les recettes qui ne rentrent pas dans les caisses de l'Etat malgré d'importantes richesses minières, forestières et hydrauliques.

Sans argent dans les caisses, la marge de manœuvre du gouvernement est donc trop étroite pour avoir les moyens de changer quoi que ce soit dans la vie des Congolais. Est-ce pour autant de la seul faute de Joseph Kabila ? Non. Le pays revient de loin et il paraît difficile de reconstruire un Etat en déliquescence d'un seul coup de baguette magique. Mais là où le président Kabila a raté son mandat, ce sont sur les bonnes pratiques de gouvernance : le régime autoritaire de Kinshasa et ses multiples entorses aux Droits de l'Homme n'a pas progressé d'un iota dans ce domaine pendant ces 5 dernières années. Pire, le régime s'est raidi... au point de réprimer systématiquement la moindre manifestation de l'opposition. Une présidence autocratique qui entache le premier mandat de Joseph Kabila.

Le prochain président de la République démocratique du Congo (RDC), Kabila ou un autre, aura donc du pain sur la planche. Un Etat entier est encore à reconstruire. En attendant, les Congolais s'impatientent de plus en plus. Avec une question dans la tête : pourquoi leur pays est si riche et eux... si pauvre ?

Christophe Rigaud

 

 

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